Ce qui ne se voit pas , une double exposition présentée au terme d’une résidence de trois années dans le pays de Tulle, à l'invitation de Peuple et Culture Corrèze. À Tulle, dans l’Église Saint-Pierre et, sur l’île de Vassivière, au Centre international d’art et du paysage.
 
 
 
 
 
Vidéogrammes Autonomies, 2014
Film-vidéo, couleur, 17'44

« L’enjeu, pour les personnes rencontrées, est d’opposer à une conception instrumentale du monde celle d’un monde respectueux, coopératif, vivable. Dans un tel cadre, faire société, ce n’est pas placer l’être humain au centre d’un univers dont il serait le maître, mais c’est faire “avec” le monde incertain des humains et des non-humains, machines comprises (Callon, Lascoumes & Barthe 2001). Les alternatifs écologiques, y compris les plus hostiles à la technologisation5, s’élèvent contre la production de machines jetables et prônent l’entretien, le droit à la réparation, au recyclage. Instaurer une relation durable avec le monde des objets et le monde de la nature, c’est faire advenir un monde social pétri d’interactions. » Pruvost Geneviève, 2013, « L’alternative écologique. Vivre et travailler autrement », Terrain, n° 60, pp. 36-55.

 

Le projet d’autonomie énergétique est souvent associé au désir d’une vie sobre. Être indépendant en eau et en électricité suppose en effet de réduire sa consommation. Mais cela suppose également une cohérence nouvelle entre une architecture domestique, un mode de vie et un milieu naturel et humain. C’est-à-dire une invention, qui passe parfois par la mise en commun des installations au sein de réseaux d'habitants. De fait, cette invention se construit souvent en réaction aux réseaux centralisés nationaux : la marchandisation de biens naturels contre une autogestion locale.

 

Dans les années 70 et 80 se sont installés dans le pays Tulle et ailleurs ce que nous appelons aujourd’hui des « néoruraux ». Achetant des terrains dont personnes ne voulaient plus, ils reconstruisaient eux-mêmes leur maison, se chauffant aux bois et cultivant leur jardin. Ils pratiquaient majoritairement l’agriculture ou des métiers d’artisanat. Localement, ces nouveaux arrivants ont été vecteurs de changements au côté de personnalités originaires de la région qui militaient déjà pour un changement écologique et politique.

 

Après avoir mené une série d’entretiens filmés avec ces personnes soucieuses de vivre à l’écart des réseaux centralisés, j’ai choisi d’interroger plus longuement deux natifs du pays de Tulle : Jean-Claude Chataur et Marceau Bourdarias. Jean-Claude, ami depuis leur venue des "néo-ruraux" corréziens, est un écologiste convaincu, "animateur nature", expert en survie dans la forêt et créateur d’une maison ethnobotanique. Il m’avait accompagnée lors de mes premiers entretiens et il m’a encouragée à contacter Marceau, élagueur, arboriste, qui avait participé à la création du centre agro-écologique Le Battement d’ailes et qui venait de terminer de construire sa maison, passive en énergie.

 

Le film Autonomies est le portrait de deux personnalités appartenant à des générations différentes, deux hommes qui prônent la cohérence et, chacun à sa manière, la sobriété et l’apport du collectif. Une troisième génération apparaît dans le film à travers un troisième portrait, celui du grand-père de Marceau, Jacques Bourdarias, instituteur Freinet et militant communiste et écologiste, que Jean-Claude a bien connu et dont Marceau revendique l’héritage. Avec ce film, je cherchais pour moi-même – pour la citadine que je suis – à comprendre ces vies "idéales" auxquelles nous continuons d’aspirer. J’ai compris qu’elles restaient, à la campagne, un combat. (M.P.)

 
 
La Cabane de Hans, 2013
© Marie Preston
Vidéogramme, La Cabane de Hans, 2014
Film vidéo, couleur, 5'47

Extrait de la voix off du film La Cabane de Hans (2014, 5'47") à propos d'une maison en fuste construite par Hans de Winter à Espagnac dans la région de Tulle.

 

Derrière sur le terrain on avait une petite forêt de Mélèze et après la tempête le cours du bois avait énormément chuté et les mélèzes étaient murs, ils ne poussaient plus et il y a un copain qui est négociant en bois, je l’avais fait venir parce qu’en bas on avait eu beaucoup d’arbres qui étaient tombés pendant la tempêtes pour savoir si on pouvait en faire quelque chose. Alors ça ne valait même le coup de les sortir car le cours du bois  avait trop chuté et pour les mélèzes, il me dit : « Il faut que tu les coupes parce que là ils vont crever, ils vont mourir ». Je me suis dit : « Et bien, voilà ». En même temps donc c’était toujours resté un peu dans le coin de ma tête de faire ma cabane, je me suis dit avec les mélèzes, je vais faire quelque chose. Donc on les a coupé et puis voilà !