Photo : Emile Ouroumov, 2019
Photo : Emile Ouroumov, 2019
Photo : Emile Ouroumov, 2019
Photo : Emile Ouroumov, 2019
Photo : Emile Ouroumov, 2019
Photo : Emile Ouroumov, 2019
Marie Preston en coopération avec Charline, Fleur, Marie, Louna, Myrha, Maude et Paul du Lycée expérimental de Saint-Nazaire et François Deck, artiste.
Le Quilt des écoles , 2018 – 2019 
Installation in progress, organigramme, couvertures (Raymond et Rolande Millot, Jacques Chicheportiche)
Coton épais, ouate, impression avec tampons gomme, 500 x 680 cm Production LiFE, Ville de Saint-Nazaire et Le Grand Café - centre d’art contemporain / Ferme du Buisson 


Maison Ecoles
 
"À la croisée de la recherche, de l’environnement et de l’installation, Le Quilt des écoles retrace l’enquête menée par Marie Preston autour d’un réseau d’écoles expérimentales, impliquées dans un programme conçu par l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) et soutenues par l’Éducation nationale dans les années 1970-1980. Le personnel, les instituteur·rice·s et les élèves, ont fait le constat qu’il fallait radicalement transformer l’école et l’ont mis en pratique.
 
« En autoformation collective permanente, ils étaient influencés par les méthodes inductive de Sébastien Faure et active de Célestin Freinet, la pédagogie libertaire ou institutionnelle » (tel que le résume l’artiste) et valorisaient le « faire », l’enseignement global, qui « avant d’être intellectuel », devait être « corporelle, artistique et sociale ». Autrement dit, ils mettaient en oeuvre une éducation populaire et un « tâtonnement expérimental », qui visaient l’émancipation de tout·e·s.
 
Posées sur un grand tapis sur lequel Marie Preston nous invite à se réunir, des couvertures retranscrivent – dans une typographie nommée Avenir – les voix de Rolande et Raymond Millot, pédagogues qui ont contribué à définir une école différente reposant sur l’hétérogénéité des groupes d’enfants, leur autonomie et leur coopération, une pédagogie de projet et l’ouverture de l’école sur la ville. Avant de s’engager dans l’aventure de La Villeneuve de Grenoble appelé par Robert Gloton, le couple Millot contribuent dès 1962 à réinventer l’enseignement à l’école Vitruve à Paris. Inspecteur pédagogique et président du Groupe français d’éducation nouvelle, Robert Gloton explique – dans un extrait du reportage de Jacques Brissot sélectionné par Marie Preston et intégré à Télés expérimentales (1971-1990) – son projet d’école où « les cancres n’existent plus ».
 
Privilégiant à la réussite du projet son trajet, les acteurs des pédagogies alternatives proposent d’impliquer les enfants « dans des actions dans et sur le milieu », « la connaissance [devant] être construite par l’enfant et non apprise » tel que le retranscrit Télés expérimentales (1971-1990). Des enfants enquêtent sur le terrain (interview d’un élu local ou d’un salarié de la SNCF) et produisent leurs propres journaux, émissions de radio ou de télévision, de leur conception à leur diffusion (fête de la Bastille ou inauguration du nouveau hall de l’école devenu « lieu de culture »).
 
À partir de 1972, R. et R. Millot coordonne la création de cinq écoles ouvertes à La Villeneuve de Grenoble s’inscrivant dans un plan d’urbanisme global et dans une volonté « [de] réduire les ségrégations sociales ; [de] donner priorité à la vie collective ; [d’] implanter des espaces verts; [de] bâtir conjointement des logements et des équipements de quartier... » « À ville nouvelle, architecture nouvelle et pédagogie nouvelle » selon les mots de Jacques Chicheportiche. Enseignant à Vitruve, il a ensuite participé à la fondation du Centre de Vie Enfantine de Torcy et participé à la réflexion et la concrétisation des écoles ouvertes sur le territoire de Marne-la-Vallée.
 
Les plans ainsi que les photographies (des écoles des Charmes et du Lac à La Villeneuve de Grenoble) ici présentés rappellent l’importance pour les écoles ouvertes de la libre circulation ; du décloisonnement des espaces, des disciplines et des niveaux ; de l’ouverture de l’école sur le quartier de l’intérieur vers l’extérieur et inversement. La construction des écoles ouvertes fut parfois l’objet de concertations entre les équipes pédagogiques et les architectes.
 
Soucieux de participer activement à la démocratie locale et d’inclure à part égale personnels des écoles ainsi que parents à la vie collective et aux prises de décisions, des débats sont organisés et retransmis sur les antennes de la Videogazette. Sur l’un des moniteurs, l’artiste nous montre les extraits d’une discussion sur la pédagogie pratiquée à La Villeneuve de Grenoble, sur le soin à apporter aux relations parents – enseignant·e·s et le temps nécessaire à la mise en place de la co-éducation. Unique et pionnière en France, Vidéogazette enseignaient entre 1972 et 1976 aux habitants de la Villeneuve de Grenoble, à chacun·e, comment utiliser l’équipement audiovisuel et produire leur propre chaîne de télévision. Ensemble ils réalisèrent et diffusèrent chaque semaine dans leur quartier des reportages, des magazines ou des émissions autours de préoccupations sociales telles que l’éducation, le travail ou encore les dictatures en Amérique Latine.
 
Le Quilt des écoles est également le fruit d’une coopération artistique avec un groupe du Lycée expérimental de Saint-Nazaire. Depuis sa création en 1982, le lycée expérimental revendique un fonctionnement autogestionnaire reposant sur la transdisciplinarité, le partage des pouvoirs et des savoirs entre les membres de l’équipe éducative (MEEs) et les jeunes, dont témoigne l’organigramme conçu par l’artiste et un groupe d’étudiants. Ce mode d’organisation hérite en partie des Conseils d’enfants, qui réfléchissaient collectivement leurs règles de vie, les projets de classe, les problèmes ou conflits émanant de la vie de groupe, modifiant le rapport enseignant·e·s / enseigné·e·s et faisant vaciller le rapport d’autorité.
 
Pour comprendre le contexte d’apparition de ces écoles, Marie Preston a réalisé un entretien (diffusé sur l’autre moniteur), avec Jean Foucambert, ancien inspecteur pédagogique chargé par l’INRP de la coordination des écoles expérimentales de 1973 à 1984. Il explique les trois pédagogies différentes qui s’y sont progressivement développées : une pédagogie de niveau, une pédagogie de soutien et une pédagogie qui considérait qu’il fallait profondément transformer l’école. Il revient également sur le contexte ayant permis ces recherches-action, ce qu’elles sous-entendaient et les raisons qui les ont finalement faites disparaître autour de 1983 quand le choix de l’austérité fut fait et que l’État se désengagea.
 
L’exposition propose une maison Écoles où peuvent aussi s’entendre les résonances du monde actuel. Ces expériences présentées permettent d’engager une réflexion sur l’état de l’école primaire aujourd’hui. Le témoignage de Sabine Duran, directrice d’une école de Pantin, montre à quel point la situation s’est dégradée. Néanmoins les énergies et les volontés individuelles et collectives subsistent, une table ronde « Changer radicalement l’école » s’en fera l’écho." Journal de l'exposition Du Pain sur la Planche
 
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Supplément de la revue 02 (hiver 2018-2019) - 20 ans du Grand Café - centre d'art contemporain de Saint-Nazaire.
 
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Ce qui nous tient, ce à quoi nous tenons // Du 7 avril au 26 juin 2018. Au Granit, scène nationale de Belfort. Avec : Céline Ahond, Alain Bernardini, Camille Bondon, Jean-Baptiste Farkas, Lola Gonzalez, Julie Gouju & Adaline Anobile, Anne Immelé, Joséphine Kaeppelin, Jérémy Laffon, Camille Llobet, Violaine Lochu, Aline Morvan, porte renaud, Marie Preston, Sébastien Rémy & Cyril Verde,  Matthieu Saladin, Fabien Steichen, Annie Vigier & Franck Apertet (les gens d’Uterpan), Marianne Villière. Une proposition de Mickaël Roy, commissaire associé

 

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Les enfants d'abord ! // Du 27 janvier au 1er avril 2018, Vernissage jeudi 1er février à 18h30. Au LiFE – base des sous-marins, Saint-Nazaire avecPriscila Fernandes - Ane Hjort Guttu - Adelita Husni-Bey - Liz Magic Laser - Marie Preston

 

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Les enfants d'abord ? //Avec Patrick Bouchain et Raphaël Zarka. Table Ronde conçue par Marie Preston, Aurélien Vernant et Marie-Laure Viale. Dimanche 25 mars à 15h au LiFE, Saint-Nazaire.


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"Le Quilt des écoles
s’inscrit dans une recherche, [Co-], menée par l’artiste sur les pédagogies alternatives et leurs rapports aux pratiques artistiques de co-création. Partie à la rencontre de personnalités ayant participé à la refondation les espaces et les méthodes éducatives dans les années 70, à Paris, à Grenoble et à Saint-Nazaire, Marie Preston met l’accent sur le couple de pédagogues Rolande et Raymond Millot. Tels des incantations à mettre en œuvre une société éducatrice par la coéducation, l’ouverture sur la ville et la coopération, on retrouve sur le tapis des extraits d’un entretien avec le couple à l’origine de deux projets éducatifs alternatifs exemplaires : l’école Vitruve à Paris et les écoles de La Villeneuve à Grenoble. En parallèle de l’exposition « Les enfants d’abord ! », un autre tapis, Le Quilt des Causeries, est activé avec un groupe d’enfants à Brétigny en région parisienne en collaboration avec le Centre d’art de cette même ville qui accueille la résidence [Co-].
 
 
Vue de l’exposition « Les enfants d’abord ! », production LiFE – Ville de Saint-Nazaire, programmation hors les murs du Grand Café – centre d’art contemporain, Saint-Nazaire, 2018
Photographe Marc Domage
Marie Preston, « Le Quilt des écoles », 2018, en coopération avec Charline, Fleur, Marie, Louna,
Myrha, Maude et Paul du Lycée expérimental de Saint‐Nazaire et François Deck, artiste. Installation in progress, Coton épais, ouate, impression avec tampons gomme, 500 x 680 cm. Production LiFE, Ville de Saint‐Nazaire et Le Grand Café — centre d’art contemporain
Le Quilt des écoles initie également une coopération artistique avec un groupe du Lycée expérimental de Saint-Nazaire et poursuit celle ayant eu lieu autour d’Un Compodium avec l’artiste François Deck. Durant l’exposition, le quilt sera en permanente reconfiguration, nourri par les discussions, les expérimentations avec les lycéennes et « Le cours de dessein » proposé par François Deck. Cette enquête commune et subjective aura comme objet les rapports entre architecture et « école ouverte », une des alternatives pédagogiques au cœur du Lycée expérimental reposant sur son décloisonnement et sa perméabilité avec l’extérieur. Cette coopération permettra également de montrer comment ces expérimentations sont régulièrement remises en cause. Dans le cas du lycée, cela advient par la soumission à des questions de normes architecturales coûteuses qui le mettent en péril.